♦ La ranceur par Jezekael Clavaressa

♦ La ranceur par Jezekael Clavaressa

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La Ranceur
Loin de toute notion de décrépitude alimentaire, qu’on nomme d’ailleurs la rancitude, la Ranceur est, sans conteste, le seul rempart à la joie de vivre constitutionnalisée, l’antidote à un certain internationalisme de la bonne humeur. Bref, un fléau encore confidentiel pour certains, le vrai goût du bonheur pour d’autres,
car rien n’est plus simple mais plus coûteux que d’atteindre l’état de ranceur. Le prétendant à la ranceur doit commencer par faire le constat honnête et détaché de ce qui l’entoure, de la place qu’il tient dans ce qui l’entoure, et de ce qu’il est s’il fait abstraction de ce qui l’entoure. Le processus peut être lent, comme instantané (ce fut mon cas). Il est fréquent que des sujets naturellement réfractaires échouent dans leur prétention à la ranceur, et trouvent refuge dans un déni de ranceur qu’ils emporteront dans la tombe. Déni de ranceur généralisé, donc plus confortable, on compatit. Toutefois, pour le sujet victorieux, et donc nouvellement rance (ou reborn), subsistera de l’expérience un goût pour l’indifférence éclairée, ainsi qu’un léger vague à l’âme, ou de suaves vapeurs de nostalgie de tout ce qu’il a pu rater lorsqu’il n’était pas rance. N’en doutez pas, la Ranceur est en voie d’utilité publique.
par Jezekael Clavaressa